 Le ronron du moteur n'est pas comme d'habitude. Une note perchée un peu plus haut. On sent le moteur forcer pour compenser les patinages. Je roule sans avoir croisé personne depuis 30 minutes, et pourtant, je n'ai pas franchi beaucoup de kilomètres. La route n'est plus lisse car constellée de mottes de neige, de traces de roues qui font microdéraper le véhicule. Au compteur, un bon 35. Et au dessus de ma tête, un magnifique ciel bleu avec un soleil radieux, éblouissant sur cette neige pure. A la radio, The Leisure Society, et comme un pied de nez, avec le titre "The last of the melting snow". J'ai croisé un chasse-neige à l'instant, girophare allumé, et deux drapeaux flottant sur la pelle diagonale qui pousse sur le côté l'eau solide. Il a fallu que je morde un peu le côté du chemin, pas très large, la voiture glisse en petits zigzags pas désagréables. Conduire sur la neige, c'est un peu danser avec une coupe de Champagne, il faut rester souple et léger, attentif et nonchalant. Le soleil va se coucher et moi, je traverse par moment des brumes de poudreuse, au gré des légers courants d'airs étouffés. Ce n'est pas le Canada, non non. Il s'agit bien de la Normandie, en France. A ma gauche, à ma droite, une mer de neige, ce doit être marée haute alors.
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